• Questions-Réponses avec Marianne Chaillan, auteure de "Harry Potter A l'Ecole de la Philosophie"

    Lire notre interview de Marianne Chaillan.

    Lecteur: Est-ce que la lecture de votre livre est accessible dans la mesure où il parle de philosophie ?

    Marianne Chaillan : Bien sûr ! J’ai écrit ce livre avec un double souci. D’une part, j’ai voulu écrire le plus simplement possible pour que ceux qui n’ont jamais fait de philosophie puissent comprendre. Mais d’autre part, j’ai tâché en même temps de ne jamais simplifier afin qu’un lecteur qui connaisse les textes philosophiques y trouve, lui aussi, son compte. C’est le principe même de la pop philosophie : s’adresser au profane en philosophie aussi bien qu’à celui qui la pratique déjà.

     

    Ainsi, en réponse à une autre question qui me demande s’il y a une tranche d’âge à laquelle ce livre s’adresse, je dirai qu’il n’y a pas d’âge pour faire de la philosophie. La seule compétence requise est la curiosité !

     

    Lecteur : Quelqu’un qui n’a pas lu les livres mais seulement regardé les films, peut-il s’y retrouver et comprendre ?

     

    Marianne Chaillan: En écrivant ce livre, il m’a paru impossible de ne pas m’appuyer aussi bien sur les adaptations cinématographiques que sur les livres de J.K Rowling. Bien évidemment, j’ai toujours accordée la primauté aux livres parce qu’ils sont, bien sûr, plus précis et plus riches. Cependant, je me suis aussi appuyée sur les adaptations cinématographiques des ouvrages quand ces dernières apportaient un surcroît d’intelligibilité  ou un éclairage particulier. C’est le cas notamment, dans le premier film, de la scène durant laquelle nos trois héros s’échappent du Filet-au-Diable grâce à la maîtrise de leur esprit.

     

    Lecteur: Si le personnage de Harry était un philosophe, lequel serait-il selon vous ?

     

    M.C.: C’est une question difficile…Le personnage de Harry est présent dans tous les chapitres de mon ouvrage depuis celui sur Platon jusqu’à celui sur Nietzsche en passant par celui sur les Stoïciens ou sur Berkeley. De ce fait, il me ferait peut-être penser au philosophe Montaigne qui, tel une abeille butine parmi les penseurs comme de fleur en fleur, ne gardant de chaque pensée que ce qui lui permet de faire son propre miel philosophique. De même, Harry compose sa sagesse à partir d’enseignements divers.

     

    Lecteur: Quels sont les philosophes que vous avez identifiés dans la saga ?

     

    M.C.: Dans mon livre, je consacre tout d’abord un chapitre à Platon. Dans le second chapitre, je montre les liens entre la saga de J.K. Rowling et certaines thèses stoïciennes. Dans le troisième, relativement à la question de la liberté, j’évoque Aristote puis Sartre. Ensuite, sur la question de la vérité, je présente à nouveau Aristote, puis Berkeley, puis Nietzsche auquel je consacre, par la suite, un chapitre entier. Enfin, je termine la première partie du livre sur la question morale, avec Kant et les utilitaristes.

     

    Recensé comme cela, le livre paraît très ardu mais rassurez-vous : il ne l’est pas ! Chaque pensée, chaque auteur ne sont introduits qu’en relation avec un personnage de notre saga préférée. 

     

    Lecteur: Quel tome présente selon vous le plus de matière philosophique ?

     

    M.C.: Il est difficile de répondre à cette question : chaque volume a une densité philosophique à mon sens. Le premier tome contient plusieurs grands moments philosophiques comme la découverte de la Cape d’invisibilité, l’existence d’un quai 93/4, l’épreuve du Miroir du Rised, la destruction finale de la Pierre philosophale et les premières leçons sur la mort…Mais chaque volume donne lieu à de nouvelles inventions et de nouvelles réflexions…jusqu’à l’alternative finale entre Reliques ou Horcruxes qui masque le choix d’une position existentielle. Peut-être cependant, je dirai que Les Contes de Beedle le Barde sont d’une richesse toute particulière.

     

    Lecteur: Pensez-vous réellement que J. K. Rowling se soit nourrie de références philosophiques c’est-à-dire que la dimension philosophique de ces ouvrages ait été intentionnelle ?

     

    M.C.: C’est une question éternelle ! L’auteur a t-il réellement eu l’intention de dire ce que nous lisons dans son œuvre ? Pour ma part, et dans ce cas particulier, je pense que l’écriture de J. K. Rowling est réellement traversée par des références culturelles. Entre ses études à l’Université d’Exeter et la dure école de sa vie, je ne trouve pas du tout artificiel de vouloir voir dans ses textes une densité philosophique.

     

    Dans une autre question que j’ai reçue, on me demande si la philosophie déployée par la saga manifeste une pensée véritablement nouvelle de la part de J. K. Rowling ou si, au fond, « la narration n’est qu’une occasion de retrouver un panorama de pensée déjà connues ». J’ai, pour ma part, le sentiment que J.K Rowling forge, sur des thèmes bien sûr déjà évoqués,  sinon des concepts du moins des « personnages conceptuels » ou des « objets conceptuels » qui n’appartiennent qu’à elle comme les Reliques de la mort, le Miroir du Rised, la Pensine, Voldemort et Harry Potter lui-même, etc. 

     

    Lecteur: Si la première partie de votre livre fait des liens entre la saga HP et la philosophie, en quoi consiste la seconde ?

     

    M.C.: La première partie recense dans les ouvrages tout ce qui est l’écho ou l’incarnation d’une thèse philosophique. Par exemple, l’épisode de la Cape d’invisibilité m’a semblé être une traduction du mythe de Gygès que l’on rencontre chez Platon.

     

    La seconde partie tente de démontrer que la saga s’offre comme la résolution d’un problème philosophique principal qui est celui de notre rapport à la finitude. Plus simplement : je postule que J.K. Rowling fait œuvre de philosophe elle-même, en posant un problème, en guise de fil conducteur (le rapport à la mort), et en proposant à ce problème une résolution.

     

    Dans une autre question d’ailleurs, on me fait remarquer qu’il y a de nombreux thèmes philosophiques dans la saga indépendamment de la question de la mort. C’est un fait que je n’ignore pas et j’espère les éclairer dans la première partie de mon ouvrage. Mais je pense vraiment – et c’est ce que je tâche de démontrer- que la question de la finitude constitue le cœur même, le fil conducteur de la pensée philosophique que déploie de la saga. 

     

    Lecteur: Est-ce que vous avez lu « Harry Potter, Mythologie et Univers secret » ? En quoi votre livre en diffère t-il ? Autrement dit : si je possède ce livre, n’aurais-je pas l’impression d’une redite en achetant le votre ?

     

    M.C.: Oui bien sûr j’ai lu « Harry Potter, Mythologie et Univers secret » de William Irvin et Gregory Bassham comme j’ai lu énormément de livres parlant de Harry Potter (sa dimension religieuse, son rapport à l’Histoire, études d’un point de vue littéraire, psychanalytiques, etc.).

     

    « Harry Potter, Mythologie et Univers secret » n’est, comme vous devez le savoir, que la traduction d’un ouvrage paru en langue anglaise « The Ultimate Harry Potter and Philosophy » qui est le deuxième volume consacré par les éditions Blackwell à Harry Potter.

     

    J’avais déjà lu le premier volume traduit en français sous le nom de « Harry Potter et la philosophie », puis j’ai lu le second que j’ai acheté à Londres en anglais (malheureusement pas à Fleury et Bott !) durant l’été 2012. 

     

    En vérité, j’étais à la recherche d’un livre qui me monterait ce que je ressentais à savoir que la saga était véritablement une mine de références philosophiques et qu’en outre, elle déployait elle-même sa propre philosophie ! Aussi, ces deux lectures m’ont-elles un peu déçues…En tous cas : ma curiosité n’était pas assouvie…On n’avait pas encore assez montré la richesse philosophique que moi je voyais dans ces livres ! Il y avait beaucoup plus à dire !

     

    Quand j’ai vu qu’il existait en France un ouvrage de réflexion sur Harry Potter intitulé « Harry Potter, Mythologie et Univers secret », je l’ai aussitôt commandé. Une fois reçu, j’ai découvert qu’il s’agissait de la traduction de « The Ultimate Harry Potter » que je venais de lire. Je n’allais rien apprendre de plus.

     

    Il ne me restait qu’une solution : écrire ce livre que je ne parvenais pas à trouver. Ecrire le livre que j’aurais aimé lire. C’est ainsi qu’est né Harry Potter à l’école de la philosophie.

     

    Lecteur: Parlez-vous aussi du livre « Une place à prendre » ? 

     

    M.C.: Oui, j’ai lu Une place à Prendre dès sa sortie et je lui consacre une réflexion dans l’épilogue de mon ouvrage. J’essaie d’en proposer une interprétation qui montre que ceux pour qui le livre est raté n’ont rien compris à sa finalité. En revanche, je n’ai pas pu intégrer L’appel du coucou dont je n’ai appris l’existence qu’après l’envoi du tapuscrit à l’éditeur.

     

    Lecteur: Quel est votre livre préféré de la saga ?

     

    M.C.: Pour ma part, j’ai une préférence pour Le Prince de Sang-Mêlé. D’abord, parce qu’on y pénètre longuement dans la vie de Tom Jedusor (épisodes qui manquent cruellement au film). Ensuite, parce que je n’oublierai jamais mon cri d’effroi lorsque j’ai lu les mots « Avada Kedavra » à la fin du livre (je n’en dis pas plus au cas où certains aient encore à découvrir la saga). Troisièmement, parce qu’Harry et Ginny finissent par se trouver enfin !

     

    Mais le choix que vous me demandez est très difficile car le premier opus est un enchantement du début à la fin… Et le dernier ouvrage, lui aussi, me touche énormément notamment parce qu’il révèle qui était, véritablement, ce sublime personnage qu’est Severus Rogue.  Le chapitre « King’s Cross », en outre, est assez fascinant.

     

    Lecteur: Est-ce que ce livre peut servir d’initiation à la philosophie ?

     

    M.C.:Pourquoi pas ! Comme je l’ai dit, j’ai tâché d’écrire simplement mais sans simplifier. Aussi, j’espère que cet ouvrage peut servir de passerelle et permettre la rencontre avec des auteurs et des problématiques philosophiques.

     

    J’espère même que ce livre permettra à ceux qui pensent que la philosophie est une discipline abstraite et pénible de se rendre compte que ce n’est pas du tout le cas ! Ce que pense la philosophie est très concret (même si elle le pense en termes parfois complexes). 

     

    Lecteur: Pourquoi avez-vous choisi Harry Potter ? Etes-vous en accord avec la philosophie que vous décrivez ? Est-ce une philosophie qui peut servir dans la vie réelle ?

     

    M.C.: J’ai choisi Harry Potter parce que comme vous j’ai été ensorcelée par ces livres magiques et que je ne cesse de m’enchanter en les parcourant. Dans La chambre des secrets, Ron raconte à Harry qu’il existe un livre enchanté qu’on ne peut plus s’arrêter de lire une fois qu’on a mis le nez dedans et qu’on se trouve, dès lors, « condamné à tout faire d’une seule main sans jamais le quitter des yeux ». Je crois que les tomes de Harry Potter possèdent le même pouvoir !

     

    Sans doute aussi ai-je choisi ces livres parce que les questions qu’ils posent et les réponses qu’ils proposent me touchent, en effet, personnellement.

     

    Enfin, que serait la philosophie si elle n’aidait pas à vivre ? Je suis profondément convaincue que la philosophie en général, et celle que je tente à mettre à jour dans la saga en particulier, peut aider à vivre.

     

    Merci à tous et à toutes pour vos questions et votre intérêt pour mon petit livre. J’espère vous croiser, ici ou là, à l’occasion de sa sortie !


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