• [Page 394]: Critique de "Une Place A Prendre"

    Cinq ans après la sortie du dernier « Harry Potter », J.K. Rowling est de retour dans nos librairies. J'avoue que même si ce nouveau roman est à des kilomètres de « Harry Potter », je n'ai pas résisté à l'envie d'aller le chercher en librairie le jour de sa sortie. Je ne savais pas à quoi m'attendre, ni qu'espérer, sinon que Rowling a voulu rompre avec son monde magique. Allais-je aimer ce nouveau roman ? Ou le détester ? Qu'importe, j'avais hâte de retrouver ce style si particulier. J'empoigne donc l'épais volume, « Une Place A Prendre », et commence la lecture... « Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive... ». Ah mince, mauvais livre...

    [Quelques éléments mineurs sont révélés dans cet article, mais rien qui ne peut gâcher la lecture du roman]

    Rowling nous avait prévenu, mais peut-être nous fallait-il le lire pour le croire, « Une Place à Prendre » est en tous points différent de « Harry Potter ». J.K. Rowling dresse le portrait pessimiste (mais réaliste), de la classe moyenne anglaise n'omettant aucun détail, aussi troublant soit-il. La mort de Barry Fairbrother, un élu du conseil paroissial de Pagford, et bienfaiteur contesté du village, révèle au grand jour les vérités inavouables et les défauts cachés des prétendants au siège et de leur entourage. Pagford, village idyllique d'Angleterre où il fait bon vivre, avec ses rues pavées, sa place, ses collines et son église voit ses habitants se déchirer en deux camps : ceux qui désirent poursuivre le combat de Barry Fairbrother (aider les jeunes défavorisés de la cité HLM à l'origine des désaccords qui secouent le village), et ses détracteurs, puissants et nombreux, qui se noient dans la satisfaction morbide et mesquine de voir se libérer une place au conseil paroissial et un moyen de parvenir à leurs fins. Mais ce combat pseudo-politique n'est qu'un prétexte pour l'auteure pour nous montrer la vérité sur la classe moyenne anglaise. Rowling déploie une myriade de personnages qui, s'ils ne sont pas détestables, deviennent pathétiques et repoussants. Difficile pour nous français de croire à ce portrait si négatif de la société anglaise... Mais ne sommes-nous si différents? Entre drogue, violence (conjugale), sexe, magouilles politiques, trafic, mensonges et trahisons, Rowling ne connaît pas les tabous.

    Le style de Rowling semble rester le même : fluide, agréable, précis. Cependant, elle introduit quelques nouveautés stylistiques, qui rendent ce livre décidément plus adulte et clairement différent de sa célèbre saga : un vocabulaire cru, des descriptions -très- réalistes, et de nombreux flashbacks qui rompent avec le déroulement de l'action (si action il y a...) et permettent de comprendre des aspects de la personnalité, parfois complexe et dérangeante de certains personnages. La mort de Barry Fairbrother n'est que l'étincelle qui va faire exploser les rivalités entre les protagonistes : il n'y pas de véritable fil conducteur sinon la lutte d'influence qui s'achève lors de l'élection, reléguée en second plan derrière l'analyse sociale qu'effectue Rowling.

    La question que les fans se posent est s'il est possible de trouver des références et clins d'oeil à « Harry Potter » dans ce nouveau roman. Difficilement. On retrouve éventuellement un Vernon et une Pétunia, mais j'ai bien peur que ce ne soit tout : la magie, ça n'existe pas ! Si dans « Harry Potter », l'auteure s'était attaquée aux questions de la mort et l'amour, elle s'attarde cette fois-ci aux questions, certes plus terre-à-terre, mais aussi complexes des inégalités sociales et des rapports entre les individus.

    Vous aurez été prévenu : « Une Place A Prendre » est bel et bien un livre pour adultes : une dense et négative analyse psychologique et sociale de la société anglaise. Une livre qui s'adresse donc aux adultes, par les thèmes évoqués et la problématique soulevée, et à ceux qui auraient aimé les romans de Zola, Hugo ou Dickens. Un volume qui aura peut-être du mal à trouver son lectorat, mais ceux qui s'intéressent aux questions posées dans ce roman sauront reconnaître le génie de Rowling que nous autres fans de « Harry Potter » avons découvert il y a dix ans.

    Et puisque cette chronique s'appelle "Page 394", voici un court extrait de la page 394 de "Une Place A Prendre":

    " 'Et les boulots au noir?' sanglota Ruth, la joue écarlate et tuméfiée, les larmes roulant jusqu'au bout du menton. Andrew était furieux de la voir ainsi, humiliée, pitoyable; mais sa colère était à moitié dirigée contre elle aussi, qui s'était mise toute seule dans le pétrin, alors que n'importe quel débile aurait su..."

    N'hésitez pas à venir discuter de "Une Place A Prendre" sur note forum.
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    Par Nimbus
     


  • Commentaires

    1
    ...
    Dimanche 14 Octobre 2012 à 18:02
    Dans tout ceci, tu ne dis pas si tu as aimé ou pas ce roman. S'il t'as déçu ou convaincu du talent de J.K Rowling a te faire aimer ses livres. Alors, quelle est la réponse ?
    Si non, tu es un vrai journaliste et ton texte est très bien !
      • Nimbus Profil de Nimbus
        Dimanche 14 Octobre 2012 à 20:32
        J'ai avis assez mitigé à vrai dire, je ne dirai pas que j'ai aimé, mais je ne me suis pas ennuyé non plus. L'évolution de certains personnages est assez captivante, l'intrigue générale est intéressante aussi. Maintenant, le regard que pose J.K. Rowling sur la société anglaise est certes intéressant mais s'adresse à première vue surtout aux anglais (même si la problématique peut avoir un aspect plus universel). Donc oui j'ai été je pense plus intéressé par la forme que par le fond. :) Merci beaucoup!
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